L’inflation « transitoire » durera plus longtemps qu’attendu !

En fin de mois, Jérôme Powell, actuel président de la Réserve fédérale américaine (FED) et Janet Yellen, ancienne présidente de la FED, et actuelle secrétaire au trésor américain, ont été entendus ensemble par le Congrès. Leurs interventions ont fortement pesé sur les marchés en fin de mois.


Tout d’abord, Jérôme Powell a indiqué que l’inflation semble durer plus longtemps que ce que la FED avait estimé jusqu’ici. Mais, à l’instar de ce qu’il avait indiqué il y a quelques mois lorsqu’il pensait que l’inflation serait de courte durée, il a indiqué que la FED interviendrait pour lutter contre ladite inflation. Comprenez par là que la FED réduirait ses injections monétaires ou augmenterait son taux directeur. Cela a tendance à déplaire aux marchés actions, puisque si les taux montent ou que les injections monétaires baissent cela pèsera notamment sur les cours de bourse.

Quant à Janet Yellen, le principal élément à retenir de son intervention concerne le désormais célèbre théâtre politique qui se met en place à chaque fois que la limite de la dette fédérale américaine doit être rehaussée par le Congrès. Ce qui se passe systématiquement est que les deux camps politiques se disputent publiquement quant à savoir s’ils acceptent d’augmenter, une énième fois, le niveau de dette maximal autorisé lorsqu’il s’approche du précédent niveau maximal autorisé. Ce niveau a été augmenté 78 fois par le Congrès américain depuis 1960.

Pour bien comprendre les enjeux en question, il faut remonter à 1913 et la création de la Réserve fédérale américaine (FED). À l’époque, un des éléments inclus dans la loi autorisant la création de la FED était que cette dernière n’avait pas le droit de détenir de la dette étatique. Ce qui était craint est que si la banque centrale était autorisée à acheter de la dette étatique, cela rendrait possible un endettement sans fin de l’état fédéral. En effet, à l’époque, plus que ce n’est le cas de nos jours, les politiciens étaient inquiets des niveaux d’endettement public.

Or, en 1917, les ÉtatsUnis décident d’entrer dans ce qui deviendra la Première Guerre mondiale. Afin de financer les opérations militaires américaines, le Congrès décide d’amender la loi concernant la FED en l’autorisant à détenir de la dette étatique. Il y met cependant un gardefou en fixant le niveau maximal de la dette fédérale à USD 1 milliard.

Cette limite a tenu jusqu’en 1960, moment de la première augmentation du niveau maximal de dette, qui a été continuellement augmenté depuis et se situe à ce jour à USD 28'400 milliards, et qui doit maintenant être augmenté. Ce d’autant plus, qu’en parallèle de cela, l’administration Biden souhaite de nouvelles dépenses sociales et d’infrastructure approchant un total d’USD 5'000 milliards, qui seraient en grande partie financés par de nouveaux déficits.

Bien que les démocrates aient la majorité au Congrès, et pourraient augmenter le niveau de dette sans la collaboration des républicains, même si ces derniers pourraient par des moyens indirects leur mettre des bâtons dans les roues, cette sorte de dispute a tendance à rendre les marchés un peu nerveux. D’autant que comme l’a indiqué Janet Yellen, le niveau autorisé de dette doit être rehaussé d’ici le 18 octobre 2021, sans quoi l’État fédéral se retrouverait sans possibilité d’honorer ses obligations financières. Pour rappel, les ÉtatsUnis, à l’instar de la plupart des autres États développés, sont régulièrement en déficit budgétaire et le seul moyen pour eux de continuer à dépenser est de continuellement s’endetter.

Un autre élément amenant un certain niveau de stress sur les marchés, et qu’on ne peut pas occulter est la situation liée à la société immobilière chinoise Evergrande. En effet, en milieu du mois écoulé les autorités chinoises ont annoncé que la deuxième plus grande société immobilière de Chine n’allait pas pouvoir honorer une partie de ses obligations financières. En effet, depuis quelque temps déjà, la Chine a commencé à réguler plus fortement le secteur immobilier qui montrait des signes de surchauffe. Evergrande semble donc être une victime collatérale des nouvelles régulations, mais cela ne devrait pas fortement impacter l’ensemble de l’économie chinoise et encore moins d’autres marchés. Les autorités chinoises ont rapidement commencé à réagir, en procédant à des facilités de crédit sur le marché.

À ce stade, la problématique semble donc être contenue à la seule société Evergrande, dont les actionnaires et créanciers ont connu d’importantes pertes financières.


Malgré ces éléments, les marchés actions finissent le mois avec une baisse modérée. Exprimé en CHF, l’indice actions globales (MSCI All countries Index) baisse de seulement 2,19%. En effet, depuis quelque temps déjà, le filet de sécurité des banques centrales reste présent et, à chaque fois qu’une panique jugée importante se produit sur les marchés, les banques centrales interviennent à coup de nouvelles injections monétaires ou des promesses d’en faire plus.

Dans ce contexte, le principal risque continue donc d’être le niveau d’inflation, dont, comme indiqué plus haut, même le président de la banque centrale américaine admet désormais que son caractère transitoire risque de durer plus longtemps qu’initialement anticipé.

En effet, les arguments concernant le côté provisoire lié à la reprise postcovid est de moins en moins crédibles, au fur et à mesure du retour à la normale postpandémie. Cependant, le consensus du marché continue à être favorable au narratif d’une inflation de courte durée. Cela se retrouve notamment au travers des cours de l’or, qui est censé être une protection contre l’inflation, dont les cours sont en baisse de 2,33% (en CHF) depuis le début de l’année. Cela est néanmoins à mettre en relation avec sa très bonne performance de 13,66% (en CHF) en 2020. De plus, il faut également relever que les valeurs refuges ne sont pas non plus très recherchées cette année, avec une baisse des obligations internationales (FTSE World Government Bond Index) de 0,73% (en CHF) à fin septembre.

Pour le moment, l’inflation ne se retrouve pas encore dans l’or mais, de manière spectaculaire, dans les prix de l’énergie, et plus particulièrement dans la hausse des prix du gaz, qui sont montés entre 150% et 400% dans les différentes régions du Monde. À ce stade, c’est l’Europe qui semble être la plus touchée par ce phénomène. Il faut néanmoins relever que la Chine a également connu des cas de coupures d’électricité dans certaines régions en raison de manque d’énergie.

Même si les raisons de ces hausses sont probablement multiples, on ne peut s’empêcher de les mettre en relation avec les massives dépenses étatiques, monétisées par les banques centrales un peu partout dans le Monde. Ces créations monétaires ex nihilo semblent de plus en plus se frayer un chemin dans les différents secteurs économiques, au travers d’une hausse des prix des biens et services, comme on peut le constater au travers des indices d’inflation des différentes zones économiques.


Il est à relever que pour le moment, les niveaux des indices d’inflation montent principalement dans les zones les plus agressives en matière d’interventions monétaires : USA, RoyaumeUni et Zone euro.

Pour finir, ajoutons encore qu’il y a de plus en plus de pénuries et d’allongements des délais de livraison. Ceci est un autre signal que l’inflation est là pour durer encore quelque temps. En effet, les pénuries se développent lorsque les prix sont inférieurs au niveau de compensation du marché. L’équilibre de l’offre et de la demande se faisant par l’ajustement des prix. S’il y a pénurie, c’est simplement parce que les prix sont trop bas. Dans une économie de marché, si les prix montent suffisamment, la demande baisse et il n’y a dès lors plus de pénurie. Les divers rapports concernant les pénuries, en allant des matériaux de construction un peu partout dans le Monde, aux chauffeurs poids lourds en GrandeBretagne, aux puces électroniques, où toute autre pénurie relevée par les médias ces dernières semaines est un signe que les prix devraient continuer de monter jusqu’à ce que l’offre et la demande s’équilibrent. Cependant, certains États pourraient décider de procéder à des contrôles des prix et dans ce cas les pénuries ne feraient qu’empirer.