Souffler le chaud et le froid !


Suite à la hausse continue de l’inflation depuis plusieurs mois (principalement aux USA), que l’on a largement abordée dans nos précédents commentaires, la réunion de la Réserve fédérale américaine (FED) des 15 et 16 juin était un des événements les plus attendus de l’année. En effet, comme nous le rappelait une récente étude de la Deutsche Bank, les taux réels américains (différentiel entre les taux nominaux et l’inflation) sont à un plus bas de plusieurs décennies (-3,5%) !

À l’issue de la réunion, il est ressorti que les membres de la FED ont constaté que la hausse de l’inflation des derniers mois a dépassé les niveaux attendus. Ils prévoient désormais le début de la normalisation monétaire, avec donc une première hausse des taux, en 2023 plutôt que 2024 comme envisagé jusqu’à présent. Cette différence, à priori relativement minime, a eu un impact immédiat sur le dollar qui est monté ainsi que sur la plupart des classes d’actifs sensibles à l’inflation qui elles ont baissé. En clair, le marché a perçu la FED comme encline à réagir pour contrôler l’inflation.
La semaine suivante, Jérôme Powell, le président de la FED, a en partie contredit les conclusions de la réunion des 15 et 16 juin, lors d’une audition au parlement américain. Selon lui, l’inflation en cours serait passagère, bien qu’elle devrait durer plus longtemps qu’initialement envisagé.

Il parle désormais de 6 à 9 mois, plutôt que de 2 à 3 mois. Il a également laissé entendre qu’il n’y aurait pas de resserrement monétaire en vue à moyen terme. Le dollar a ainsi corrigé une partie de la hausse initiale qui a suivi la réunion de l’Institut monétaire. La FED souffle donc le chaud et le froid, probablement pour tester les réactions du marché.

De plus en plus d’analystes s’accordent à dire que le principal élément qui empêcherait la FED et la plupart des autres banques centrales de procéder à des hausses de taux est le niveau des dettes. D’autant que leurs niveaux ont été largement accentués par les réponses budgétaires, apportées pour tenter d’alléger les effets négatifs liés aux restrictions économiques imposées, pour lutter contre la Covid-19, depuis déjà plus d’un an. Les niveaux des dettes futures étant orientés à la hausse, une hausse des taux d’ici 2 ans, comme officiellement envisagé par la FED, serait encore plus douloureuse. Les tentatives de normalisation monétaire seront donc probablement repoussées aussi longtemps que possible.
Un autre élément très attendu était la réunion à Genève entre les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Joe Biden.

Suite à cette rencontre historique à Genève, initiée par le nouveau président américain, aucune avancée notable n’a été communiquée aux médias, autre que le retour en place des ambassadeurs qui avaient été expulsés des deux côtés il y a quelque temps. Néanmoins, cette réunion représente clairement une désescalade des tensions internationales ; Russes et Américains étant en opposition sur divers sujets géopolitiques d’envergure (conflits en Ukraine et Syrie notamment).

Cet apaisement des relations russo-américaines a également encouragé le dialogue entre la Russie et l’Europe. En effet, des ouvertures des deux côtés ont été constatées la semaine suivant la réunion de Genève. Le président russe a publié un article dans le journal allemand Die Zeit plaidant pour le partenariat plutôt que la confrontation entre la Russie et l’Europe, dans un intérêt commun.

Cette main tendue semble avoir été entendue par certains dirigeants européens. En effet, selon des sources diplomatiques citées par le Financial Times, Angela Merkel espèrerait que l’Union européenne inviterait le président russe lors d’un prochain sommet avec les leaders européens. Cette initiative serait également supportée par Emanuel Macron.

Le lendemain de l’article du Financial Times, lors d’une allocution au parlement, la dirigeante allemande a fait la déclaration suivante : « À mon avis, l'Union européenne doit éga-lement chercher à établir un contact direct avec la Russie et le président russe. »

Faisant référence au sommet Poutine-Biden du 16 juin à Genève, qui, selon les Européens, a apparemment créé une dynamique positive suffisante, Madame Merkel a également déclaré : « Il ne suffit pas que le président américain parle au président russe », tout en soulignant que l'UE « doit également créer des formats différents pour les discussions. ».

Ces clairs discours d’apaisement, pour peu qu’ils se concrétisent par des actes concrets, sont sans aucun doute de nature à favoriser le développement économique européen et mondial au moment où un retour à la normale, post-Covid, se dessine.

Finalement, la réunion des dirigeants européens qui a suivi n’a pas abouti sur un accord de principe quant à une réunion officielle Europe-Russie. La porte n’est cependant pas entièrement fermée pour une telle réunion à futur. L’Europe prend donc son temps et souffle le chaud et le froid.